Monts Fanskye et les Lacs de Kulikalon

Dernière étape de notre séjour au Tadjikistan, les Monts Fanskye avaient comme but principal  la montée vers les Lacs de Kulikalon.

Penjikent

Un rapide trajet en jeep collective depuis la gare routière Nord de Dushanbe nous a faits passer devant les maisons des riches corrompus de Dushanbe à la sortie Nord de la ville, puis à travers de jolis petits villages mais surtout par ce que nous avons ensuite appelé entre nous le « Tunnel de l’enfer ». Il s’agit d’un tunnel de 4km de long en travaux depuis des années, sans éclairage, plein de trous remplis d’eau (et évidemment on ne parle même pas d’aération ou sorties de secours…) dans lequel on roule au pas à cause du mauvais état de la route. Exactement le genre d’endroits qui font regretter aux cyclistes d’être venus ici. Dans tous les cas, au bout du trajet, il y a la sympathique ville de Penjikent, tout près de l’Ouzbékistan et qui nous a faits nous sentir comme là-bas. On y a retrouvé le même type d’ambiance et avons même été nostalgiques de notre séjour en Ouzbékistan. Nous avons surtout profité de l’endroit pour faire quelques réserves pour notre montée à pied vers les Lacs Kulikalon dans le bazar local. Il nous y est même arrivé une petite anecdote typique de l’hospitalité et la générosité de la région. Alors que j’essayais de trouver du thé, un vendeur me dit qu’il n’en a pas, désolé, regarde autour de lui, puis m’offre un petit cône de cumin pour se faire pardonner. C’était assez fou puisque je voulais juste acheter du thé et pas m’en faire offrir. Au-delà de ça, nous avons beaucoup apprécié l’ambiance de ce marché couvert qui nous a notamment rappelé l’ambiance du marché de Shakhrisabz, en Ouzbékistan.

Marché de Penjikent, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net Marché de Penjikent, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net

Lacs de Kulikalon

Depuis Penjikent, nous avons pris un taxi collectif pour Artush, d’où part le sentier qui mène aux Lacs de Kulikalon. Le village est plutôt mignon mais il vaut vraiment mieux faire ses courses à Penjikent avant l’ascension, sinon on n’aura rien à manger en haut. Depuis Artush, c’est facile, il faut suivre le ruisseau jusqu’en haut. Il y a la possibilité de s’arrêter dans un camp de vacances datant de l’époque soviétique, mais vu qu’on nous avait prêté une tente, nous sommes montés directement. Un petit espace a été aménagé par les bergers locaux pour laisser leurs moutons passer la nuit, ce qui est bien pratique pour camper. Derrière un gros rocher, ils ont aussi équipé un petit coin cuisine derrière quelques cailloux pour pouvoir faire un feu et se faire à manger. La vue depuis ce petit camping sauvage est superbe avec au loin les glaciers dominant les lacs de Koulikalon.

Après une petite nuit peu rassurés pendant laquelle Sab croit avoir entendu des moutons de Marco Polo, nous sommes remontés vers les lacs. En chemin, deux petits adolescents de moins de 14 ans montant avec un âne ont donné un nouvel aperçu de la mentalité des hommes tadjiks. Bien que Sab était complètement couverte, ils ne pouvaient s’empêcher d’y envoyer des regards assez pervers en partie dans le but de me rendre jaloux et nous mettre mal à l’aise. Nous avons aussi eu droit à ce genre de comportements à Dushanbe aussi, et ça a contribué à assombrir le souvenir du pays. Nous y avons rencontré des gens exceptionnellement gentils, mais le machisme de certains hommes m’a souvent donné envie de quitter le pays en avance. Dans tous les cas, l’ascension a continué et nous sommes arrivés aux improbables Lacs Kulikalon. Il s’agit de plusieurs petits lacs reliés ensemble entourés de pins aux airs de bonzaïs aux formes assez torturées. Et dominant ces lacs, les énormes glaciers suspendus menacent de tomber à tout moment.

Lacs de Kulikalon, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net Lacs de Kulikalon, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net
Lacs de Kulikalon, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net Lacs de Kulikalon, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net
Lacs de Kulikalon, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net Lacs de Kulikalon, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net

Le mauvais temps nous a faits rentrer une nuit plus tôt que prévu. Le comportement encore très déplacé d’un berger local sur les lacs avec qui nous discutions qui déshabillait Sab du regard en ne prenant même pas la peine de regarder Christian lui parler car trop occupé à la mater a aussi contribué à vouloir me faire redescendre. En rentrant à Artush après un bon 7h de marche sur la journée, nous sommes passés faire un petit coucou chez des gens qui nous avaient proposé de prendre le thé chez eux mais dont nous avions dû décliner l’invitation faute de temps. L’objectif était de se faire inviter à prendre le thé, puis d’avoir Christian qui demanderait gentiment en russe si on pouvait passer la nuit, ce qui a été chose faite. Comme souvent, bien que la maison ne sentait pas vraiment la richesse, nous avons été accueillis avec un thé bien fourni avec les habituels pains, biscuits, confitures, etc. Normalement cela suffisait plus qu’assez à nous nourrir pour la soirée, mais alors que nous nous sommes rendus compte que  ses filles s’étaient absentées pendant un moment, nous les avons vues revenir avec un gros plat de plov bien bombé. Nous trouvions déjà que c’était trop généreux de nous accueillir ainsi, mais nous avons encore plus eu honte quand elle nous a expliqué que son mari touchait une mini-retraite souvent payée en retard, qu’un de ses fils était berger sur les hauteurs des lacs Kulikalon, que ses filles ne travaillaient pas encore, et que son dernier fils travaillait illégalement dans la construction de routes en Russie où il était traité comme un chien. La soirée a donné lieu à un débat avec Christian à savoir si nous devions donner quelque chose après avoir autant reçu de la part de cette famille. Sab et moi ne voulions pas insulter cette dame, même si partir sans rien donner choquait forcément nos valeurs occidentales. Christian voulait laisser de l’argent. Nous avons trouvé le compromis de laisser nos réserves de nourriture et ustensiles de cuisine dont nous n’aurions plus besoin. Ca a déjà été difficile de lui faire accepter ça puisqu’elle ne comprenait pas pourquoi nous voulions lui donner quelque chose alors que pour elle l’hospitalité gratuite était quelque chose de normal. Notre idée de ne pas l’insulter en lui donnant de l’argent a été confirmée par le regard presque hostile qu’elle a fait à Christian en voyant l’argent qu’il n’a pas pu s’empêcher de laisser sous un coussin.

Cette rencontre a permis de rattraper mon impression sur la population tadjike dont les rencontres ont été faites de hauts très hauts comme avec cette dame, ou Lalmo à Khorog, ou de bas très bas, comme avec les petits cons qui nous ont transportés sur le trajet de Khorog à Murghab ou le berger en haut des Lacs Kulikalon.

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Corridor du Wakhan

Haut lieu du commerce jadis entre la Chine et l’Afghanistan, le Corridor du Wakhan a compté parmi ses éminents visiteurs au-delà de nous des gens comme Marco Polo. Ca a ensuite été le théâtre du Grand Jeu que se sont livrés la Russie et l’Angleterre au 19ème siècle sur le contrôle de la région. Désormais la vallée où coule la rivière Wakhan est bien moins fréquentée du fait des différents trafics sur chacune de ses rives.

Descente du Corridor du Wakhan

Nous avons mis environ 5h, pauses incluses pour descendre la rivière depuis la route arrivant de Bulunkul et arriver à Langar.

En partant de Bulunkul, au lieu de suivre la M41 direction Khorog, nous sommes descendus directement vers la rivière Pyanj, frontière plus que perméable avec l’Afghanistan. Une fois passé un joli petit lac, nous roulons encore un peu avant de tomber sur un dernier poste de contrôle avant d’arriver enfin face au pays qui nous fait tous tant rêver dans la voiture : l’Afghanistan. On traverse quelques kilomètres de désert avec des sommets à 5000m autour de soi avant au détour d’un virage d’arriver sur le Corridor de Wakhan. La vue est à couper le souffle sur la vallée et au loin les sommets à 7000m du Hindu Kutch : « le Tueur d’Hindous », la chaine de montagnes qui fait la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Pour que ce trajet prenne tout son sens, je recommande plutôt de le faire d’Est en Ouest plutôt que l’inverse, sinon on rate la vue, et en plus la montée est très très violente par endroits, surtout en sortant de Langar.

Lac des Pamir | Voyage-asie-centrale.net Lac des Pamir | Voyage-asie-centrale.net
En route vers le Corridor du Wakhan! | Voyage-asie-centrale.net Corridor du Wakhan | Voyage-asie-centrale.net
IMG_2398 Corridor du Wakhan | Voyage-asie-centrale.net

Nous nous retrouvons comme des enfants face à un interdit. L’Afghanistan n’a jamais été aussi loin que lorsque seuls quelques mètres de large de la rivière nous séparaient du pays. De notre voiture, nous voyons parfaitement la piste qui reliait avant les abris des caravanes et aide encore maintenant à relier les villages entre eux. Nous sommes stupéfaits de voir l’état dans lequel est ce sentier : parfaitement plat et bien entretenu malgré le relief peu propice. Par endroits, il ne s’agit même que d’une petite passerelle en bois à flancs de falaise. Malgré tout, nous y avons croisé des gens qui menaient leurs troupeaux de moutons ou simplement des chameaux chargés se promenant seuls, et revenant sûrement chez eux au Tadjikistan avec une cargaison que nous avons imaginée être de l’opium. Pendant des kilomètres et des kilomètres nous nous sommes imaginés nous aussi marcher sur ce sentier dont les utilisateurs en habit traditionnel nous semblaient si exotiques et intéressants.

Vue sur l'Afghanistan depuis le Tadjikistan dans le Corridor du Wakhan | Voyage-asie-centrale.net

L’arrivée à Langar a marqué le retour à la « civilisation ». Là, notre journée a encore été ternie par une tentative d’arnaque sur le prix du repas qui m’a malheureusement mis de mauvaise humeur pour le reste du trajet. Néanmoins, lors de notre passage, mi-juin, la saison du colza battait son plein et la vallée devenait intégralement jaune. Ca faisait un très joli contraste avec les montagnes arides. Pour ne pas améliorer mon humeur, je me suis fait attaquer par un chien à Vrang en chemin pour les ruines du monastère bouddhiste. La visite m’a donc moins interpelé que si je n’avais pas été sauvé de justesse par Eric venu à la rescousse en criant sur le chien, deux grosses pierres à la main.

Arrivée à Langar, Corridor du Wakhan | Voyage-asie-centrale.net Corridor du Wakhan | Voyage-asie-centrale.net
Quelque part entre Langar et Vrang
Champ de colza à Vrang, Corridor du Wakhan | Voyage-asie-centrale.net Ruines du monastère de Vrang | Voyage-asie-centrale.net
Vrang

Le soleil étant passé derrière les montagnes, il était déjà temps de finir notre route vers Ishkashim, terminus de notre traversée du corridor de Wakhan. Nous pensions y voir le marché afghan du samedi, mais l’arrivée annoncée du dictateur président dans les jours à venir avait empêché la tenue de ce marché. Néanmoins, ce trajet reste un grand moment de notre voyage au Tadjikistan voire même de tous nos voyages en général. Les paysages sont vraiment à couper le souffle (surtout si on fait du vélo, mais pour d’autres raisons) et la proximité de l’Afghanistan et tous les rêves qu’il peut éveiller n’est qu’une autre raison pour visiter cette superbe région.

 

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Trajet de Murghab à Bulunkul et Yashil Kul

Trajet de Murghab à Bulunkul et Yashil Kul

Lac près d'Alichur | Voyage-asie-centrale.net

Après quelques jours à Murghab, il était temps de nous mettre en route pour rentrer sur Khorog en faisant une escale  à Bulunkul puis à Ishkashim. Une fois le poste de contrôle à la sortie de Murghab passé, nous étions repartis pour un peu de route dans des paysages toujours aussi magnifiques et vides.

Après avoir fait coucou à une famille kirghize et ses yaks puis refait une escale à notre petit restautant de l’aller près d’Alichur et admiré les eaux incroyablement bleues et claires de son petit lac, nous avons continué en passant devant un petit geyser perdu au milieu de nulle part. Nous pensions que Rang Kul était un bon candidat au titre de Trou du cul du monde, mais nous sommes passés chez un autre superbe outsider : Ak-Jar, où nous avons demandé notre chemin et quelques informations à des éleveurs de chèvres et moutons du coin.

 

Fille Kirghyz près de Murghab | Voyage-asie-centrale.net Solitude dans les Pamir au Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net Yourte Kirghize près de Murghab | Voyage-asie-centrale.net
Yourte Kirhgyze près de Murghab
Lac près d'Alichur | Voyage-asie-centrale.net Lac près d'Alichur | Voyage-asie-centrale.net Lac près d'Alichur | Voyage-asie-centrale.net
Lac près d'Alichur | Voyage-asie-centrale.net Enfants tadjiks près d'Alichur | Voyage-asie-centrale.net Lac près d'Alichur | Voyage-asie-centrale.net
Lac près d’Alichur
Ak Jar, Pamir, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net Ak Jar, Pamir, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net Ak Jar, Pamir, Tadjikistan | Voyage-asie-centrale.net
Village de Ak Jar
Champs de souffre dans les Pamir - Voyage-asie-centrale.net Geyser dans les Pamir - Voyage-asie-centrale.net Yourte en kit près de Yashil Kul | Voyage-asie-centrale.net

 

Yashil Kul

Yashil Kul | Voyage-asie-centrale.net
Vue sur Yashil Kul au coucher du soleil à 4000m d’altitude en arrivant de Bulunkul

J’avais entendu parler du bleu intense du lac de Yashil Kul, cerné de montagnes, mais je dois dire que l’endroit a dépassé toutes mes attentes. Ca fait d’ailleurs partie des quelques lieux sur Terre où je me suis bêtement retrouvé avec un grand sourire sur lèvres en répétant « ce que c’est beau! » tellement l’endroit est majestueux. Nous avons fait une petite escale en haut d’un promontoir dominant la rivière Gunt et offrant une superbe vue sur le lac et ses montagnes enneigées. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de descendre sur ses rives pour admirer ses couleurs et les montagnes derrière, mais ce lac reste un grand souvenir des Pamir et du Tadjikistan.

Nous serions bien restés un peu plus longtemps à nous promener près de ce lac, mais nous n’en avions malheureusement pas le temps. Pendant notre ascencion, nous avons vu une camionnette aménagée qui appartenait à une société genre Terre d’aventures ou Allibert qui emmenait les voyageurs passer sur les bords du lac. Au moins du fait de l’instabilité actuelle dans les Pamir, je ne suis pas sûr que beaucoup de sociétés touristiques emmènent encore du monde là-bas.

Yashil Kul | Voyage-asie-centrale.net Yashil Kul | Voyage-asie-centrale.net Yashil Kul | Voyage-asie-centrale.net
Yashil Kul | Voyage-asie-centrale.net

Yashil Kul

 

Bulunkul

Bulunkul est le village le plus proche du Yashik Kul, et là où nous avons dormi. C’est bien paumé aussi, mais le fait d’avoir beau temps l’a rendu plus amical et hospitalier que par exemple Rang Kul. En arrivant, nous nous sommes incrustés chez des kirghizes qui avaient une yourte à l’entrée du village, juste pour voir. L’hospitalité centralasienne étant ce qu’elle est, on nous a laissés entrer sans problème et proposé du thé. Malgré la présence d’un poele à bois, le tout est bien rustique et il doit faire bien froid en hiver ou tout simplement dès que le soleil se couche. Nous avons logé chez un mec qui puait l’alcool et se désespérait de l’absence de touristes cette année. Clairement les événements au Kirghizstan ne les aidaient pas puisque beaucoup de monde passant dans la région vient pour suivre la Pamir Highway, de Khorog à Osh au Kirghizstan. Au moment de partir, nous avons fait un petit tour dans le patelin pour y voir la vie lentement suivre son cours, avec en mauvais signe de l’activité sur place, une des rares machines agricoles qui sert maintenant d’aire de jeux aux chèvres alors que la rouille la détruit chaque jour un peu plus.

Bulunkul | Voyage-asie-centrale.net Bulunkul | Voyage-asie-centrale.net Bulunkul | Voyage-asie-centrale.net
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