Circuit organisé vers le Lac Kanas, à l’extrême Nord du Xinjiang

La dérive loin des pays d’Asie Centrale commence par une excursion en tour organisé chinois dans le grand nord du Xinjiang, avec comme objectif le Lac Kanas, près de la frontière avec la Russie, le Kazakhstan et la Mongolie, dans un paysage de grands déserts puis steppes, puis montagnes, le tout parsemé de bergers nomades guidant leurs troupeaux accompagnés de chameaux de Bactrie.

Eleveurs de vaches nomades - Xinjiang, Chine
Après notre trajet un peu tourmenté entre le Kazakhstan et la Chine et un peu de réconfort au marché de nuit d’Ürümqi, il était temps de quitter la ville pour essayer de visiter un peu les environs. Sur les bons conseils du Lonely Planet sur la Chine, nous nous sommes mis à la recherche de Ecol Travel, une agence de voyage recommandée pour aller au Lac Kanas. Sans carte, ça a été un peu délicat à trouver, mais en utilisant des expressions de gens perdus, nous avons finalement eu quelqu’un qui s’est gentiment proposé de nous montrer le chemin. Les locaux de l’agence sont en fait à l’entrée du parking d’un hôtel Bogeda Binguan, à l’architecture très communiste, sur la rue Guanming. Pour environ 1500 yuan pour deux, nous partons pour 4 jours et 3 nuits le lendemain, pour notre premier tour organisé chinois.

1er jour : Ürümqi – Bu’erjin

Le bus quitte Ürümqi à 8h30 pour le début d’un périple qui devait nous mener à Bu’erjin, à 620km au nord. Après en avoir fini avec le périphérique local, nous voilà sur une grande route avec d’abord quelques collines pas encore trop desséchées, puis on se rapproche déjà du désert.

Village entre Ürümqi et Bu'erjin Village entre Ürümqi et Bu'erjin Village entre Ürümqi et Bu'erjin
Village étape entre Ürümqi et Bu’erjin

Après une pause déjeuner dans un village à l’ambiance de Far West version chinoise, nous repartons et voyons les besoins énergétiques de la Chine en action. Sur des kilomètres, nous longeons des champs de puits de pétrole voués à alimenter la consommation intérieure de pétrole, faisant du Xinjiang la deuxième province productrice de pétrole en Chine, derrière celle du Heilongjiang, dans le Nord-Est du pays. Le contraste se fait saisissant quand après avoir laissé les champs de pétrole, nous commençons à arriver sur des collines avec un peu plus de végétation, quelques montagnes enneigées au loin, et comme seule population des troupeaux de moutons menés par des guides à cheval. On est en pleine vision romantique des steppes de la Mongolie et du Kazakhstan voisins peuplées de bergers nomades avec les yourtes au loin. J’aurais vraiment aimé pouvoir m’arrêter prendre quelques photos ou m’approcher, mais ce genre de fantaisies n’entre pas dans le programme prévu. De toute façon, on est les seuls à regarder dehors pendant que nos camarades chinois discutent avec les rideaux fermés, lisent ou regardent la télévision.

Justement, le programme inclut un premier arrêt dans une zone désertique qui a servi de décor pour le tournage de nombreux films, notamment Tigre et Dragon. Il ne faut pas s’attendre à voir des bâtiments abandonnés. L’endroit n’est composé « que » de formations rocheuses érodées par le vent, mais est très beau. On y retrouve beaucoup de « patates » et autres sphinx, ainsi que quelques canyons avec au fond, dans certains endroits, un peu de sable. La visite se fait dans le plus pur esprit du tourisme en Chine : en petit train avec très peu de possibilités de s’éloigner du chemin. Inévitablement, à un arrêt, des chameaux de Bactrie sont disponibles pour faire des photos. D’ailleurs, à chaque arrêt, chacun fonce pour être le premier à se faire prendre en photo devant le paysage. En regardant les photos des uns et des autres, leurs photos de voyages ne consistent qu’en des photos en gros plan d’eux avec un peu du paysage en question qui ressort un peu derrière l’épaule de la personne. C’était bien, mais c’était la première expérience frustrante dans des beaux paysages de toute cette excursion.

Ville Fantôme (Ghost City) dans le Nord du Xinjiang Ville Fantôme (Ghost City) dans le Nord du Xinjiang Ville Fantôme (Ghost City) dans le Nord du Xinjiang
Visite de la Ville Fantôme, Nord du Xinjiang

A peine remontés dans le bus, nous partons vers la « Plage de l’arc-en-ciel » (Rainbow Beach), tout près de Bu’erjin. Comme il se doit, il y a un gros périmètre de sécurité avec des barrières et des murs pour s’assurer que personne n’osera s’approcher d’une « attraction » naturelle sans payer ses quelques dizaines de yuan. Si la Chine est un pays relativement peu cher, ce qui fait un trou dans le portefeuille est les visites de lieux touristiques. Je ne sais pas si c’est par opportunisme ou volonté de protection de l’environnement et du patrimoine, mais on se retrouve toujours dans des endroits trop organisés, avec invariablement des magasins à l’entrée et à la sortie. Dans tous les cas, la Rainbow Beach est un bel endroit de formations rocheuses de toutes les couleurs, notamment avec des formations qui rappellent un peu celles de souffre en Islande. L’endroit doit être superbe en automne quand les forêts de bouleaux de l’autre côté de la rivière deviennent oranges. A notre époque, on a plutôt eu droit à des arbres sans feuilles avec une rivière en crue. C’était bien beau quand même.

Rainbow Beach - Xinjiang, Chine Rainbow Beach - Xinjiang, Chine Rainbow Beach - Xinjiang, Chine
Plage de l’Arc-en-Ciel (Rainbow Beach), Nord du Xinjiang

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2ème jour : Lac Kanas et village de Tuwas

Nous avons passé une bonne partie de la soirée sans électricité dans un hôtel où seuls les étrangers étaient envoyés, pour raison de « confort », « sécurité » ou juste de bon principe de la vache à lait. On a finalement pu utiliser la bouilloire pour se faire des nouilles. Le petit déjeuner était à peine mieux puisque nous avons eu droit à un pain étouffe-chrétien accompagné de nouilles épicées. A 7h du matin, c’est un peu violent pour nos palais d’occidentaux.

Après avoir récupéré le reste du bus, nous partons vers le Lac Kanas. En quittant Bu’erjin, on a principalement affaire à du paysage assez plat avec un barrage à côté duquel on voit pas mal de chameaux de Bactrie se balader tranquillement, au milieu de nulle part. La montée vers notre hôtel étape est un peu perturbée par un mélange de poste de police qui garde un peu le bus, et une panne. Ca nous dérange assez peu puisque c’est l’occasion de voir la nature se réveiller en ce début de printemps dans le Xinjiang. C’est le festival des marmottes, pour le plus grand plaisir des rapaces qui volent à très basse altitude. Ca doit être un sacré festin pour eux d’avoir autant de marmottes engourdies tout autour. Nous sommes le 11 mai, mais il rest encore pas mal de neige non fondue, et il fait encore assez froid, alors même que nous devons être à peine à 1000m.

Ce froid se confirme en arrivant au Lac Kanas. Après que tout le monde ait déposé ses bagages, on part vers l’entrée du parc, où un nouveau bus sera notre moyen de transport. Un peu de route et un arrêt à une source sacrée plus tard, le bus nous dépose sur un chemin bien balisé puisqu’il s’agit de planches qui guident partout. C’est très bien pour protéger l’environnement, mais on ose à peine aller s’approcher du ruisseau qui part du lac. En arrivant au lac, nous ne sommes qu’à moitié surpris de le voir encore en très grande partie gelé, ce qui nous empêche de voir toutes les nuances de vert et bleu qui ont fait la renommée du lac. Malgré tout, avec les sapins qui le longent et quelques montagnes encore enneigés au loin, c’est quand même très beau.

Lac Kanas - Xinjiang, Chine
Lac Kanas – Xinjiang

La visite sera finalement de courte durée puisque le programme inclut un passage au village des Tuwas, à quelques kilomètres de là. Il s’agit d’une tribu vivant anciennement en Mongolie et Russie, qui a émigré vers la Chine en 1918. Aujourd’hui, le gouvernement se fait une fierté de les sédentariser sur place, pour s’assurer qu’ils soient « bien dans le moule » et aussi pour le potentiel touristique qu’ils peuvent représenter. Le village consiste en des maisons faites de rondins de bois, et pour le coup, ça ressemble vraiment à l’image que je me fais de villages au milieu de nulle part au milieu de la Russie. On y reste trop peu pour s’en faire une impression d’autant que nous avons très peu bougé de l’arrêt de bus. Quelques locaux sont tout contents que nous leur demandions en russe s’ils sont kazakhs, ce qui est le cas, et semblaient contents aussi qu’on puisse répondre en russe qu’on était français.

Village de Tuwas, près du Lac Kanas - Xinjiang, Chine Village de Tuwas, près du Lac Kanas - Xinjiang, Chine Village de Tuwas, près du Lac Kanas - Xinjiang, Chine
Village de Tuwas, près du Lac Kanas – Xinjiang, Chine

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3ème jour : Lac Kanas – Bu’erjin

La nuit à l’hôtel a été frigorifique. Le chauffage n’était pas allumé, et il s’en est fallu de peu pour voir des blocs de glace dans les toilettes le matin. On a dîné  à nouveau à grands coups de bols de nouilles deséchées qui n’attendaient qu’un coup d’eau bouillante, et biscuits, tout en tentant une petite partie d’échecs. Nous avions acheté un jeu de voyage à Ürümqi avant de partir, et essayions de comprendre les règles. Quoi qu’il en soit, avant de retourner à Bu’erjin, nous repassons rapidement au Lac Kanas, qui est toujours aussi beau, mais il y a fait juste beaucoup plus froid que la veille. Nous avons malgré tout échoué dans notre tentative de nous émanciper du guide et du groupe. A peine on croyait avoir trouvé un endroit tranquille qu’ils nous appelaient au loin pour qu’on revienne les voir, et à peine arrivés, ils nous disaient qu’on pouvait y aller, qu’il n’y avait rien à voir à part des paysages moches. Bizarrement, la vue des monts enneigés se reflétant dans le lac avec sa couche de glace était au contraire une vision qui me plaisait bien. On repart de là-bas après avoir engueulé plusieurs fois le guide, qui ne semblait pas comprendre pourquoi on ne voulait pas être tout le temps en groupe avec des gens qui parlent fort et rigolent bien. Tout le monde était très sympa et on est vite devenus les mascottes, mais cet endroit appelait à plus de calme, que malheureusement nous n’avons pas vraiment pu avoir.

Le retour du Lac Kanas vers Bu’erjin se fait sensiblement sur la même route, et est marqué par une petite péripétie. A quelques dizaines de kilomètres de Bu’erjin, la route est soudain bloquée. Il s’avère que la DDE locale refait une portion de route d’environ 200m et au lieu de bloquer un côté puis l’autre avec une circulation alternée, ils ont préféré tout simplement bloqué les deux côtés de la route. Ceux qui s’en sortent le mieux sont au final les motards (bien qu’ils ne la ramènent pas trop quand il s’agit de monter une pente raide assez boueuse) et les gardes de troupeau de vaches et chèvres à cheval. Pour eux, ça passe tout seul, et je pense qu’intérieurement, ils ont dû bien se moquer de tout ce monde qui se croyait si intelligent en voiture ou bus. Le summum des rencontres pendant cette pause de 3 heures aura été des bergers à cheval qui guidaient leur troupeau de vaches, accompagnés de chameaux de Bactrie bien chargés. On nageait en pleine vision romantique des bergers nomades.

Eleveurs de vaches nomades - Xinjiang, Chine Cimetière entre le Lac Kanas et Bu'erjin - Xinjiang, Chine Cavalier kazakh - Xinjiang, Chine
Bergers avec leurs chameaux de Bactrie Cimetière entre le Lac Kanas et Bu’erjin Cavalier kazakh

Un voyage avec une agence chinoise et seulement des chinois aura été une expérience très intéressante, même si nous n’avons pas vraiment la même approche de comment apprécier un lieu naturel. Sans ce tour, nous n’aurions vraisemblablement pas pu aller au Lac Kanas, ou du moins pas aussi facilement, et n’aurions pas vu les beautés du Nord Xinjiang. De retour à Ürümqi, nous retrouvons nos petits camarades à l’auberge, avec l’impression qu’ils n’ont pas bougé des canapés depuis notre départ. Ils espèrent tous trouver un départ pour Kashgar ou régler quelques visas aux consulats locaux pour enchainer sur leurs aventures. La nôtre nous a poussés un peu accidentellement à Xi’an, alors que nous souhaitions ne pas trop nous éloigner du Xinjiang, et juste aller à Dunhuang. La barrière de la langue à la gare (la vendeuse essayait de nous faire comprendre que pour aller de Ürümqi à Dunhuang en train il fallait s’arrêter quelque part puis prendre un bus) et quelques boulets bourrés qui poussaient derrière nous ont amenés, résignés, à prendre deux billets en couchette dure pour Xi’an, ville que j’avais déjà visitée et appréciée deux ans plus tôt, avec à la clé un trajet prévu pour 36h…

 

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2 commentaires sur “Circuit organisé vers le Lac Kanas, à l’extrême Nord du Xinjiang

    • Timmok Post author

      Bonjour

      Merci pour ce commentaire sympathique. Ce trajet est tout à fait faisable avec des enfants. La télévision en chinois saura les occuper dans le bus, tout comme regarder les troupeaux de moutons et chèvres menés par des bergers à cheval, avec les chameaux qui portent les affaires derrière. Il faisait froid quand nous y étions, mais sinon tout peut se visiter sans problème avec des enfants.

      Bon voyage!

      Répondre

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