Comment aller d’Ouzbékistan en Chine par le Kazakhstan?

Après une semaine à faire la tournée des ambassades pour obtenir nos visas, nous quittons l’Ouzbékistan, pays auquel nous nous sommes beaucoup attachés avec le temps, pour rejoindre Ürümqi, en Chine, en passant par le Kazakhstan. Nous avons bien cru rester prisonniers de l’Ouzbékistan, puis nous retrouver abandonnés à la frontière chinoise, mais finalement, quatre jour après avoir quitté Tashkent, nous sommes arrivés en Chine.

Bus du Stade Toulousain à la gare routière - Almaty, Kazakhstan

Sortie d’Ouzbékistan et entrée au Kazakhstan

Notre sortie d’Ouzbékistan s’est faite en trois essais. Apparemment, le pays nous aimait tellement qu’il ne voulait pas nous laisser partir.

Plan A : Suivant les conseils de l’ancienne édition du Lonely Planet (qui datait de 2007), nous quittons le dortoir de la gare de Tashkent pour la frontière à Chernyevka pour théoriquement arriver plus tard à Shymkent, du côté kazakh. Après un désaccord avec le chauffeur de taxi, nous prenons le métro jusqu’à la station de Yunuasabadsky Bazaar pour y prendre une marshrutka qui devrait nous déposer au bon endroit. Toutes les personnes à qui nous demandons nous disent qu’aucune marshrutka ne va à l’endroit où il faut et disent toutes « Yalama ». Toujours paranoïaques face à la malhonnêteté latente de tout chauffeur de moyen de transport, nous nous adressons à des femmes qui elles aussi nous disent « Yalama ». Après quelques minutes de tout ça, nous perdons patience et passons au plan B.

Plan B : nous retournons en arrière en espérant trouver de l’aide au Grand Mir Hotel, un hôtel de luxe où nous allions généralement chercher de l’argent et où nous espérions pouvoir trouver quelqu’un qui parle anglais et qui pourrait nous aider. C’est finalement un mauvais plan puisque l’endroit où on se fait déposer en taxi est une frontière interdite aux étrangers. En voyant deux étrangers arriver, les chauffeurs et autres passeurs se jettent sur nous comme des hyènes affamées et on les envoie forcément bouler. Je pense trouver la solution dans le poste de police situé à 200m de la frontière, et ces flics étaient égaux à ceux rencontrés précédemment. Juste au moment où je rentrais dans la cabane, un des flics faisait déposer quelques milliers de sums sur la table à un homme qui venait de se faire contrôler la valise et dont le flic voulait extorquer de l’argent. Il aura au moins le mérite de me faire comprendre que cette frontière n’est pas la bonne et qu’il faut aller à une cinquantaine de kilomètres de là. Le seul moyen de quitter cette frontière est une marshrutka qui nous dépose au marché de Chorsu. Le plan B était donc aussi un échec.

Plan C : Sab a l’excellente idée de profiter que nous soyons à nouveau dans un endroit avec Internet pour en profiter pour aller chercher sur des forums comment aller d’Ouzbékistan au Kazakhstan. Complètement endoctrinés par le Lonely Planet, aucun de nous deux n’avait eu la présence d’esprit de voir sur des forums si la situation avait changé depuis la rédaction du guide. C’est un succès puisqu’un brave américain a posté sur le forum du Lonely Planet l’information dont tous les locaux nous parlaient depuis le début : il faut aller au poste frontière de Yalama, à environ 80km de Tashkent! Un minibus nous a emmenés d’une petite gare routière (qui avait d’autres destinations aussi, mais j’ai malheureusement oublié le nom de la station de métro) jusqu’à l’entrée du village de Yalama où des propriétaires de voitures récupèrent les rares personnes qui passent jusqu’au poste de frontière. L’approche du poste de frontière est désespérément vide. En arrivant, nous apercevons des travailleurs tadjiks qui vont travailler au Kazakhstan ou en Russie. C’est un peu le bordel avec tous ces hommes qui se poussent dans tous les sens et ne semblent pas comprendre le fait que passer devant le voisin ne les fera pas quitter le poste frontière plus tôt puisque leur bus partira en même temps… Nous passons devant le douanier avec une petite appréhension après tout ce que tout le monde dit sur l’aspect tatillon de certains flics qui veulent absolument tous les papiers de registration, vérifient les devises, les sacs, etc. Je ne sais pas si c’était le fait qu’à côté des tadjiks excités, nous étions des gentils « clients » ou juste que nous ne les intéressions pas, mais le passage s’est fait comme une lettre à la poste. Il n’a pas pris la peine de regarder les coupons de registration si précieusement conservés, et a juste pris acte des devises que je transportais, sans demander les réglementaires reçus de transaction de change d’argent. Il n’y avait donc pas de quoi avoir peur…

Séjour au Kazakhstan

Le terme « séjour » est un peu pompeux étant donné que nous avons passé notre temps dans le bus ou à attendre un bus. A peine passé la frontière, nous avons eu la chance (même si j’imagine qu’il y en a tous les jours) d’avoir un bus qui attendait pour nous amener directement à Almaty, alors que nous pensions devoir perdre une nuit à Shymkent. En attendant que le bus parte, pour occuper les cinq heures entre notre traversée de la frontière et le départ, j’en profite pour aller faire un petit tour sur la rue du village. Le Kazakhstan est connu pour ses vastes steppes couvertes d’herbe et de rien d’autre, et aussi improbable que cela puisse paraître la première chose que j’ai vu du pays était exactement ça. Il n’y a qu’à peine 500m entre le début du passage de frontière côté ouzbek et la sortie, et rarement le passage d’un pays à un autre n’a été aussi visible. Du côté ouzbek, nous étions entourés par des champs avec encore des arbres et quasiment aucune colline ou n’importe quoi qui pourrait être assimilé à du relief. De l’autre côté de la frontière, tout se transforme et on arrive d’un coup aux collines couvertes d’herbe où on imagine facilement voir des yourtes. C’en était presque cliché!

Le bus est parti en fin d’après-midi et après environ 14-15h de bus, nous arrivons à Almaty dans des embouteillages monstres. Je me réveille quelques dizaines de kilomètres avant l’arrivée à Almaty et aie le plaisir de voir les couleurs du soleil levant sur des collines couvertes d’herbe avec au loin les montagnes enneigées de la chaine des Tian Shan (Montagnes Célestes, partagées avec la Chine). Ca a vraiment l’air très beau comme endroit. A la gare routière d’Almaty, nous sommes entourés de bus venant vivre une deuxième vie après avoir été détenus par des compagnies de bus généralement françaises et belges, et faisons une rencontre improbable : le bus du Stade Toulousain (de rugby) transformé en bus pour des transports entre villes du Kazakhstan. Joli recyclage! Je doute que les joueurs du club se doutaient qu’un jour leur bus servirait à ça. Nous nous retrouvons à passer trois nuits à Almaty (dont celle de mon anniversaire), dans l’une des chambres disponibles pour les voyageurs dans la gare d’Almaty. Les chambres de la gare de Tashkent passent presque pour du luxe par rapport à ce que nous avons eu, avec un rapport qualité prix exceptionnel. Les chambres dans cette gare sont bruyantes, petites, chères et ne se ferment pas à clé. Le train pour Ürümqi étant trop cher, nous nous rabattons vers le bus, solution moins chère et censée être plus simple. Le trajet nous a coûté une trentaine d’euros par personne.

Bus du Stade Toulousain à la gare routière - Almaty, Kazakhstan Bus du Stade Toulousain à la gare routière - Almaty, Kazakhstan Bus du Stade Toulousain à la gare routière - Almaty, Kazakhstan
Bus du Stade Toulousain à la gare routière d’Almaty, au Kazakhstan

Trajet Almaty – Ürümqi

Nous arrivons bien en avance à la gare routière, grâce à l’aide d’un professeur d’allemand que nous avons croisé et qui nous a aidé à prendre un taxi sans nous faire arnaquer. Une fois sur place, en voyant le type de bus couchette, des souvenirs du premier voyage en Chine me reviennent à l’esprit et je prends un peu peur à l’idée de passer les prochaines 24h dans un bus avec trois rangées de couchettes sur deux étages. Nous nous en sortons plutôt bien puisqu’il n’y a que deux rangées. Le trajet commence sur une route asphaltée plus pourrie qu’une piste éthiopienne, et comme nous avons encore réussi à récupérer des places juste au-dessus de l’essieu arrière, nous nous régalons à chaque trou ou bosse de la route. En nous approchant de la frontière chinoise, nous passons d’un paysage relativement vert avec principalement des forêts pour arriver dans une plaine beaucoup plus désertique et passons près du Charyn Canyon. Le paysage consiste désormais en de grandes étendues désertiques de terre un peu orange recouverte d’un peu de végétation en fleur, avec au loin des pics enneigés, et personnes à des dizaines de kilomètres. C’est vraiment très beau, et nous nous disons qu’il faudra un jour revenir visiter quelques coins de ce pays qui semble avoir des montagnes magnifiques. Pour l’instant, c’est juste trop cher…

A la frontière, nous passons dans un poste très moderne, organisé et climatisé. Tout se fait dans la discipline, ce qui change du départ d’Ouzbékistan. Une fois les formalités remplies, nous remontons dans le bus, et cette fois, notre cœur commence à battre un peu plus fort en nous demandant ce que la douane chinoise allait bien pouvoir nous réserver. Cette fois-ci, le poste est encore plus moderne avec encore plus d’organisation. Tout le monde se fait fouiller son sac, sans vraiment beaucoup de conviction de la part des jeunes douaniers qui s’occupent de nous. « Mon » douanier, par curiosité ou par volonté de montrer qu’on ne fait pas ce qu’on veut en Chine tombe sur mon appareil photo compact et commence à regarder quelques photos, et semble apprécier Boukhara. Tout allait bien jusqu’à ce que les douanes tombent sur le passeport de Sab, refait pour l’occasion puisqu’il n’y avait plus assez de pages disponibles sur son passeport pour pouvoir assurer sur les bureaucraties des anciens pays communistes. Les douaniers de ce poste n’avaient jamais vu de passeport de ce genre et ont donc passé au final deux heures à l’observer, prendre des notes, appeler leurs supérieurs pour savoir si le passeport était bien un vrai, etc. Étonnamment, mon vieux passeport est mieux passé que le sien car pour les chinois, le fait qu’il y ait plusieurs pages de visas prises est un signe de qualité alors que le passeport presque vide de Sab est suspect… Après avoir vu passer les derniers passagers du bus (retenus parce que les douaniers voulaient vérifier le contenu de leur ordinateur portable), nous ressortons du poste, un peu énervés pour Sab, mais surtout inquiets de savoir si on nous aurait attendus.

Nos craintes étaient justifiées puisqu’en sortant, notre bus était parti. Nous voilà donc dans une ville frontière au Xinjiang, sans savoir où nous sommes, sans argent, etc. Par chance, un bus qui était parti en même temps que le nôtre reste encore sur le parking, et parmi les passagers, l’un d’eux nous explique que notre bus est vraisemblablement à la gare routière, où notre chauffeur a dû partir faire une pause. Il nous laisse monter dans le bus malgré les protestations du chauffeur, et en arrivant à cette autre gare routière, nous avons la vision miraculeuse de notre bus, qui attendait sagement. Tout le monde était parti manger, mais malgré la faim et la soif, nous préférons ne pas nous éloigner de ce bus salvateur qui allait nous emmener vers Ürümqi à plusieurs centaines de kilomètres de là. Tout le monde semble content de nous retrouver, en nous demandant où on était passés. Nous apprenons que le chauffeur (russe) en a eu marre de nous attendre et a décidé de continuer pour gagner du temps. Sympa! Alors que nous pensons que le bus va repartir, au moment de franchir la barrière de la gare routière, nous faisons soudain demi-tour et retournons à notre place. Tout le monde sort, et j’en profite pour demander à un jeune qui parlait un peu anglais ce qui se passe. La réponse était très simple. Le chauffeur, employé d’une entreprise nationale de transport entre le Kazakhstan et la Chine et qui fait ce trajet plusieurs fois par mois, n’a pas la licence pour conduire en Chine! C’est énorme! Donc faute de licence, il se dit qu’en se faisant discret en étant le seul bus sur le parking d’une gare routière, il pourra tromper la vigilance des autorités et ainsi partir quand le policier zélé sera remplacé par un autre! Finalement, ce stratagème marche, et nous pouvons continuer notre périple vers Ürümqi.

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2 commentaires sur “Comment aller d’Ouzbékistan en Chine par le Kazakhstan?

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