Premiers pas en Ouzbekistan

On arrive à Tashkent, la capitale de l’Ouzbékistan, dans la nuit et après un passage de douanes sans encombres, le taxi de l’hôtel que j’avais réservé en ligne, le Grand Tashkent, nous attend. Ca fait un peu mal de se dire qu’on a payé 15$ pour un trajet de maximum 2km entre l’aéroport et l’hôtel, mais ça fait encore plus mal quand on se rend compte que pour 55$ il n’y a pas de lit double mais trois lits simples et surtout pas d’eau chaude. Ca s’annonce mal. Le lendemain matin, le petit déjeuner assez insipide nous fait déjà nous dire que le séjour dans cet hôtel sera court, et il le sera. Au lieu d’y rester deux nuits, on partira le jour même.

Une douche froide plus tard, nous voilà partis dans une quête improbable : trouver de l’argent un samedi en Ouzbékistan. Ca peut paraître anodin, mais c’est en fait plus compliqué qu’il n’y paraît. Tout ce qui pourrait ressembler à une banque est fermée, ce qui est dommage puisque les distributeurs ne sont jamais à l’extérieur des banques. On finit par changer des euros sur le marché de Mirobod dans un plan qui semblait presque foireux à la base : une simple petite cabine à la sortie du bazaar. Ca semblait assez suspect, mais finalement tout se passe bien. Après les quelques calculs réglementaires, nous voilà avec en poche (en l’occurrence un sac était bien pratique) de la modique somme de 450 000 sum en échange de 200€. C’est notre première rencontre avec la monnaie ouzbek et on se demande un peu de ce qu’on va faire de ces liasses de 100 000 sum. Le sum est la monnaie ouzbek et son plus gros billet est de 1 000, soit 0,50€. Quand quelques minutes plus tard, à la gare, nous verrons des gens arriver avec un sac de sport rempli de billets pour régler leur réservation de quelques tickets de train, ça ne nous surprendra même pas… Je ne sais pas où ces gens allaient, mais ce qui est certain, c’est que le soir même, nous partions pour la légendaire Boukhara dans un train de nuit. La commande s’est passée relativement facilement, à part pour la guichetière russe qui s’est un peu fâchée sur nous parce qu’on ne parlait pas russe. C’était notre première expérience avec une russe désagréable et odieuse. On se doutait à peine qu’il devrait y en avoir pas mal d’autres.

Faute de photos de Mirobod ou des endroits évoqués, voici malgré tout une vidéo musicale à la gloire de Tashkent. Great success!

Après un court passage à l’hôtel où le directeur (qui donnait l’impression d’être un maquereau fini, ce qui s’est confirmé trois semaines plus tard) nous a gentiment laissés prendre une douche avant de partir, nous revoilà au marché de Mirobod. On y était passés plus tôt dans la journée et on avait adoré voir et sentir tous ces fruits et légumes qui avaient l’air tellement frais, et surtout l’anonymat complet dans lequel on pouvait se promener. Il n’y avait personne pour nous courir après et essayer de nous vendre quelque chose. En plus d’avoir des têtes de touristes, on se baladait désormais avec nos gros sacs à dos, ce qui faisait encore plus de nous des pigeons potentiels, et pourtant tout le monde nous a laissés tranquilles. Incroyable! En chemin, déjà, un épicier chez qui on s’était arrêtés acheter de l’eau m’avait ému en joignant ses deux mains devant son cœur avec un grand sourire pour me remercier de lui avoir acheté une bouteille. Qu’est ce que ça aurait été si j’avais sauvé la vie de sa femme ou d’un de ses enfants! Cette bonne première impression s’est confirmée dans un boui-boui surplombant le marché. L’hospitalité des ouzbeks et leur gentillesse n’est pas qu’une légende. Le propriétaire du restaurant, ne parlant pas anglais, s’empresse d’appeler un ami pour servir d’interprète et nous aider à commander. On arrive à obtenir quelque chose qui ressemble à ce à quoi la personne au téléphone nous avait décrit. Tout se fait avec le sourire, gentiment. On se sent déjà bien dans ce pays.

En attendant le train, on est frappés par les problèmes de sur-poids de pas mal de passagers en attente. Après avoir passé la journée dans la partie plutôt russe de Tashkent, avec ses bâtiments cubiques et grandes avenues, c’est notre premier contact avec plein d’ouzbeks. Au-delà du sur-poids, ce qui frappe sont les couleurs des tenues des femmes, en motif « Atlas ». J’avais vu des photos sur flickr et trouvais à l’époque ça moche et kitsch, mais finalement, toutes ces couleurs rappellent un peu l’Inde, en moins chatoyant, et sur des femmes plus grosses. Quoi qu’il en soit, le train est une vraie surprise. Je m’attendais à avoir comme sur la photo à la gare un train moderne, mais finalement, c’est un train sorti tout droit de l’époque soviétique qui nous emmènera à Bukhara. Les voyages en train sont toujours un excellent moyen de rencontrer la population locale, et celui-là n’a pas dérogé à la règle. Notre arrivée dans le wagon provoque d’abord un grand silence, puis des messes basses avant que tout le monde ne vienne nous inviter dans leur partie de compartiment. Nous intriguons autant les gens du train qu’ils nous intriguent. On entend des « fransusky » quasiment une phrase sur deux puisque nous sommes désormais l’attraction du wagon. L’un de nos voisins est un jeune étudiant, Faysaldin, qui se débrouille plutôt bien en anglais et qui sera notre interprète avec tout le monde qui passera près de nous. Il étudie à Tashkent et revient à Boukhara chercher des papiers chez sa famille pour l’obtention d’un visa pour partir travailler aux Etats-Unis. Après tant d’années à ce que le centre du monde soit Moscou, les choses ont changé et maintenant, une partie de la jeunesse pense plus à l’Occident qu’à l’ancienne métropole de l’URSS. Les temps ont bien changé…

Après une nuit bien froide passée sur la banquette du haut (dans l’axe du train) à manquer de tomber à chaque vibration un peu forte, je me réveille et commence à regarder par la fenêtre. Nous voilà dans le désert. Un désert très plat, avec des sables rendus roses par la lumière rasante du lever de soleil et pour tout relief  juste quelques touffes d’herbe qui sortent de temps en temps. Ce paysage monotone allait être notre compagnon encore plus de deux semaines. La vision romantique des caravanes de la route de la soie arrivant à Boukhara commence à me venir en tête. Il ne restait maintenant plus qu’à voir si Boukhara avait tant changé que ça.


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2 commentaires sur “Premiers pas en Ouzbekistan

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