Mosquées et médersas à Boukhara

Après un petit déjeuner qui sera typique des « Stan » visités (du pain, du thé et un peu de confiture), on retourne se balader dans Boukhara. Boukhara étant une ville sainte en plus d’être une ville majeure de la route de la soie, nous partons donc à la chasse à la mosquée et à la médersa, déjà tout excités à l’idée d’enfin voir de près ces superbes mosquées à dômes bleus. Cette fois, il fait beau et surtout on a plus d’énergie pour pouvoir pousser plus loin que la veille. La journée a été riche en découvertes, avec quelques visites vraiment marquantes.

Médersa Mir i Arab depuis la Mosquée Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Médersa Abdoul Aziz Khan et Médersa Oulougbek

Après avoir traversé deux marchés fort sympathiques, nous tombons sur la place où la médersa Abdoul Aziz Khan et la médersa Oulougbek se font face. Nous commençons par la Abdoul Aziz, qui bien que jolie avec ses arches et mosaïques bleues montre clairement des signes de fatigue, avec de nombreuses façades de mosaïques qui tombent en ruine. De l’herbe pousse entre les briques au milieu de la cour sous l’œil las des vendeurs de souvenirs qui semblent fatigués de voir si peu de touristes.  On y reste un peu avant d’aller voir la médersa Oulougbek, qui sans être la plus impressionnante m’a beaucoup plu pour le calme et l’authenticité qui s’en dégageaient. Ici, pas de touristes ni de vendeurs de souvenirs (à part rapidement à l’entrée). Construite en 1417 par Oulougbek, elle fut l’un des premiers édifices bâtis sous son règne. Il fit construire d’autres médersas notamment à Samarcande, dont il était d’abord le gouverneur avant d’accéder au trône des Timourides en 1447.  La médersa est en légèrement meilleur état que la médersa Abdoul Aziz Khan, mais surtout, on peut entrer dans les cellules et on se prend à avoir une vision romantique de cellules sommairement meublées dans lesquelles des jeunes viennent apprendre le Coran pendant des heures, en silence. Ce qui est le plus surprenant, est que chaque cellule a une disposition différente, certaines en duplex, d’autres juste sur un niveau, ou avec une cheminée, etc. Un jeune local nous propose de visiter quelques cellules à l’étage en l’échange de quelques milliers de sum, mais préférant ne pas cautionner ce système, nous refusons. C’est dommage parce que le petit côté Indiana Jones de la découverte de ces cellules était vraiment très sympa.

Sans guide, il sera dur d’en voir plus, mais cette médersa est à peu de chose près celle que nous avons trouvé la plus authentique, après évidemment la médersa Mir i Arab.

Médersa Ouloug Beg - Boukhara, Ouzbékistan

Fenêtre d'une cellule de la Médersa Ouloug Beg - Boukhara, Ouzbékistan

Décoration d'un mur de cellule, médersa Ouloug Beg - Boukhara, Ouzbékistan

Façade d’un mur de la cour de la médersa Oulougbek Fenêtre d’une cellule de la médersa Oulougbek Détail d’un mur de cellule de la médersa Oulougbek



Encore tout excités des instants que nous venons de passer dans la médersa Oulougbek, nous nous éloignons encore un peu plus du centre-ville et apercevons la silhouette de deux grandes mosquées avec un grand minaret, et nous disons naïvement que ça doit encore être deux beaux bâtiments comme il s’en fait plein à Boukhara. Le résultat est largement au-dessus de nos attentes puisque nous arrivons directement sur la place composée de la mosquée Kalon avec son minaret et la sublime médersa Mir i Arab.



Mosquée et minaret Kalon

La mosquée Kalon aurait été construite en 1517 soit un siècle après la médersa Oulougbek. On y entre par une façade massive toute recouverte des mosaïques bleues qui font la célébrité des mosquées d’Ouzbékistan et par une porte en bois richement travaillée. L’intérieur est tout aussi impressionnant avec une grande cour au fond de laquelle on retrouve une façade assez similaire mais plus petite, et tout autour, des galeries soutenues par des colonnes. A l’époque, la cour pouvait accueillir jusqu’à 12 00 fidèles pour la prière du vendredi, mais aujourd’hui, il n’y a quasiment plus personne aux services. Au-delà de son rôle traditionnel pour appeler les fidèles à la prière, le minaret a eu plusieurs fonctions assez profanes au fil des ans. Du haut de ses 45m, il a servi de tour de guet pour surveiller l’arrivée des armées ennemies, de phare pour les caravanes dans le désert, et de lieu d’exécution pour les criminels qu’on jetait depuis son sommet. On a la bonne surprise de voir qu’il y a plus de touristes ouzbeks qu’étrangers dans la mosquée et les environs. C’est lié à la fois à la situation économique d’une partie de la population, mais aussi au fait que les tours organisés commencent à Samarkand ou Khiva le lundi et arrivent à Boukhara à partir du mardi. En visitant cette partie de la ville un lundi, nous étions donc quasiment les seuls touristes étrangers. Arrivés en fin d’après-midi, nous sommes de toute façon quasiment les seuls touristes encore présents dans les environs, et nous nous régalons de voir la population locale traverser la place pour rentrer chez elle, avec l’air aussi blasé que quand nous traversons la cour du Louvre pour passer à pieds de la ligne 1 à St Germain en passant par le Pont des Arts.

Porte de la mosquée Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Cour de la Mosquée Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Façade la Mosquée Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Porte de la cour de la
Mosquée Kalon
Cour de la Mosquée Kalon Mosquée Kalon depuis la
médersa Mir-i-Arab

Entrée dans la cour de la Mosquée Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Façade extérieure de la Mosquée Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Mosquée et Minaret Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Entrée dans la cour de la
Mosquée Kalon
Façade extérieure de la
Mosquée Kalon
Mosquée et Minaret Kalon



Médersa Mir i Arab

De toutes les médersas que nous ayons vues, la médersa Mir i Arab était la seule à être encore utilisée comme lieu d’enseignement religieux (ou simplement même juste religieux) et non comme magasin à souvenirs, mais surtout à mon sens la plus belle. C’est celle qui m’a le plus touché, peut-être parce qu’on y a encore des activités religieuses, ou parce que seuls les étudiants de l’école ont le droit d’aller au-delà de l’entrée, ce qui rendait l’endroit encore plus fascinant. L’entrée est surveillée par un garde qui fera gentiment remarquer que vous n’avez pas le droit d’entrer au-delà d’un petit hall, d’où on peut voir la cour intérieure, et la table de ping pong savamment placée devant l’entrée. Au moment de mon premier passage, j’ai pu y voir des étudiants s’amuser sur la table pendant qu’un de leurs camarades était accroupi à côté d’eux à lire le Coran. C’était du bonheur de pouvoir enfin en Ouzbékistan trouver une ambiance un peu sacrée dans un lieu de culte. Bizarrement, j’y ai retrouvé l’ambiance des monastères bouddhistes tibétains du Sikkim, Yunnan ou Himachal Pradesh.

Etudiants de la médersa Mir i Arab - Boukhara, Ouzbékistan

Garde de la médersa Mir i Arab - Boukhara, Ouzbékistan

Dômes de la médersa Mir i Arab - Boukhara, Ouzbékistan

Etudiants de la médersa Mir i Arab Garde de la médersa Mir i Arab Dômes de la médersa Mir i Arab

Médersa Mir i Arab - Boukhara, Ouzbékistan

Médersa Mir i Arab depuis la Mosquée Kalon - Boukhara, Ouzbékistan

Médersa Mir i Arab - Boukhara, Ouzbékistan

Discussion à Mir i Arab Médersa Mir i Arab depuis
Mosquée Kalon
Entrée de la médersa Mir i Arab



Médersa Gozyion : la médersa abandonnée

Dans un style très différent des beautés ou de l’ambiance de la médersa Mir i Arab ou la Mosquée Kalon, la médersa Gozyion a été un de nos coups de coeur. Notre auberge, chez Mubinjon, n’ayant pas de douche, nous sommes allés profiter des bains publics utilisés non-touristiques (ou du moins on n’en a pas vu).

Façade de la médersa Gozyion - Boukhara, Ouzbékistan

Intérieur de la médersa Gozyion - Boukhara, Ouzbékistan

Plafond de la médersa Gozyion - Boukhara, Ouzbékistan

Façade de la médersa Gozyion Intérieur de la médersa Gozyion Plafond de la médersa Gozyion



En chemin, nous sommes tombés sur cette médersa. Contrairement à la plupart des autres médersas et mosquées, celle-ci était complètement à l’abandon, avec une façade qui tombait en ruines, un arbre qui avait poussé dans la cour, etc. Cet aspect décrépit lui donnait beaucoup de charme, et elle en avait d’autant plus qu’elle était dans une zone vraiment de vie, donc avec aucun magasin à souvenirs et plutôt des magasins « normaux » donc de bouffe, etc. Ce sera notre dernière médersa vue à Boukhara et elle nous laissera le sentiment léger d’un bâtiment riche en histoire, dans lequel beaucoup de choses ont du se produire, et qui finalement a vraiment une âme, beaucoup plus que toutes les mosquées en parfait état qu’on a pu voir à Boukhara puis dans le reste de l’Ouzbékistan.

La restauration des bâtiments a été un grand sujet de conversation avec tout le monde qu’on a rencontré, à se « plaindre » de voir que tout a à peine 15 ans. Nous partions du point de vue absurde que seuls les pays occidentaux avaient le droit d’avoir des bâtiments en bon état et que les pays pauvres se devaient de n’avoir que des ruines pour donner le charme « romantique » et « authentique » d’endroits qui n’ont pas été rattrapés par la « modernité » occidentale. Après réflexion et avoir remarqué que maintenant que Notre Dame est comme neuve et plus blanche que blanche, elle est quand même beaucoup plus belle, on a accepté l’idée de voir le Registan de Samarcande comme neuf, ou Mir i Arab qui donne l’impression que les ouvriers viennent de quitter le chantier. Heureusement, les restaurations ont été faites un peu n’importe comment, donc les bâtiments retapés il y a 15 ans tombent déjà un peu en ruines!


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5 commentaires sur “Mosquées et médersas à Boukhara

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