Registan de Samarcande

Symbole de l’Ouzbékistan en Occident et vision immédiatement reconnaissable, le Registan de Samarcande reste un passage obligé pour toute personne allant en Ouzbékistan pour la première fois. Comme il se doit, nous avons été là-bas et en sommes repartis assez mitigés. La faute à pas de chance et à la malhonnêteté des policiers ouzbeks…

Façade extérieure de la médersa Chir Dor - Samarcande, Ouzbékistan



Comme des centaines d’autres voyageurs à travers les âges, nous sommes arrivés à Samarcande fourbus après un long trajet dans le désert. Partis en bus de Nukus en début d’après-midi, nous avons passé la nuit sur des chaises mises côte à côte dans l’une des pièces d’un restaurant sur le bord de la route près de Boukhara pendant le couvre-feu routier de la nuit (il est interdit de conduire entre 22h et 5h du matin en Ouzbékistan), nous nous émerveillons devant le spectacle improbable qui se présente à nous après avoir passé quelques jours dans le désert et avoir vu des vaches marcher entre des bateaux rouillés dans le désert dans ce qui était la Mer d’Aral à Moynaq : en approchant de Samarcande, les paysages commencent à avoir un peu de relief et il y a même des champs et pâturages avec de l’herbe! J’avais presque oublié que ça existait! Nous descendons en derniers du bus avec les deux chauffeurs qui prennent bien soin de nous indiquer comment nous rendre ensuite au Registan à côté duquel se trouve notre auberge : la Baodir Guesthouse. En chemin, des vieux nous saluent avec l’habituel grand sourire et ce geste magique de poser la main droite sur le cœur en se courbant légèrement vers l’avant. Notre première réaction est que c’est beaucoup plus grand et moderne que les autres villes où nous sommes passés avant. Arrivés au Baodir, nous avons la joie d’arriver à ce qui avec le dortoir de la gare de Tashkent aura été le seul repère à backpacker que nous avons pu voir en Ouzbékistan. On aura enfin de la compagnie et des gens qui racontent tous les mêmes histoires de trajets similaires, etc.

Médersas Oulougbek, Tilia Kari, Chir Dor - Samarcande, Ouzbékistan

Après une après-midi principalement passée à se reposer et à se remettre (enfin) sur Internet après quelques jours de sevrage, et un dîner très convivial au Baodir, nous allons le deuxième jour voir la raison principale de notre présence à Samarcande : les trois médersas du Registan, Oulougbek, Tilia Kari et Chir Dor.  On ne peut pas ne pas être impressionné par ces trois superbes et imposants bâtiments qui se font face, dominés par les dômes bleus typiques de la région avec des murs tous décorés de mosaïques artistiquement travaillées. En allant à la caisse, tout commence à se gâter. Dans le plus pur esprit de ce qui se fait au Taj Mahal, la dame nous fait remarquer qu’étant étrangers, nous devons payer 15 fois le prix des locaux. On peut revenir sans cesse sur l’idée que c’est très bien de rendre la culture accessible aux locaux, etc. mais quitte à partir dans des réflexions aussi stupides que celles des dirigeants de ces pays, je me demande ce que dirait la commission européenne si le Louvre décidait de faire payer 15 fois plus cher aux Indiens et aux Ouzbeks en partant de l’idée que s’ils peuvent se permettre de venir à Paris, c’est qu’ils peuvent se payer une entrée 15 fois supérieure à celle des locaux. Quoi qu’il en soit, cette pratique qu’on n’avait encore jamais vue en Ouzbékistan me met passablement de mauvaise humeur et en me dirigeant vers la médersa Oulougbek, un policier m’approche en me proposant de monter au sommet du minaret. Je savais où il voulait en venir, donc je dis non directement, mais Sab a été plus fine que moi. Quand il l’approche, elle joue la naïveté en disant « ah chouette, super, où est-ce que je paie? Je peux avoir un ticket pour ça à la caisse? J’avais pas vu! » et sans se démonter le flic a gentiment répondu « non, non, c’est mon business, tu me donnes 2000 sum, et tu peux monter au sommet, c’est pas à l’entrée que tu auras ça ».  Ca aurait tellement valu le coup de l’enregistrer et d’envoyer la vidéo à l’un de ses supérieurs, mais il est fort à parier qu’eux aussi étaient de mèche et touchaient quelque chose pour que leurs subordonnés aient le droit au poste si rémunérateur de surveillant des médersas.  Ca a empiré quand on est entrés dans la médersa Oulougbek et qu’on a vu comment c’était la foire avec les groupes de touristes et surtout leurs guides qui parlaient fort, sans qu’aucune femme n’ait les cheveux couverts (n’oublions pas que théoriquement c’était censé être un lieu religieux) et que dans des proportions encore pires que dans les médersas de Boukhara on avait l’impression d’être dans un vaste magasin de souvenirs.

Médersa Tilia Kari depuis la médersa Oulougbek - Samarcande, Ouzbékistan Détail de la médersa Tilia Kari - Samarcande, Ouzbékistan Façade de la médersa Tilia Kari - Samarcande, Ouzbékistan
Médersas Oulougek et Tilia Kari Détail de la médersa Tilia Kari Façade de la médersa Tilia Kari



Un peu dégoutés, nous sortons et nous dirigeons vers la médersa Tilia Kari. L’entrée est décorée d’un impressionnant ensemble de dorures ou métaux brillants, et au fond d’une des pièces, on retrouve une petite exposition de photos de ce à quoi ressemblait la place il y a une centaine d’années. La politique du président Islam Karimov de tout « nettoyer » pour faire joli pour les touristes a fait que les rues jadis vivantes et animées autour du Registan ressemblent désormais à s’y méprendre à la vision des banlieues américaines avec des grandes allées bien vertes, des lampadaires art moderne et des magasins pour guider les touristes du Registan vers la grande mosquée Bibi Khanoum.

Nous sortons de cette exposition presque écœurés de voir ce que le tourisme a pu faire à cette ville, et passons juste rapidement devant la médersa Chir Dor sans vraiment porter attention à ce qu’il y avait à l’intérieur. Le soir, nous sommes retournés sur la place pour voir le spectacle de sons et lumières sur les trois médersas avec des camarades du Baodir, et un flic nous a à nouveau approché pour proposer de monter au sommet du minaret le lendemain matin au lever du soleil. Sab et moi refusons immédiatement, mais les autres se mettent à négocier avec le flic et se sentent fiers d’avoir pu négocier de monter au sommet pour 3000 sum au lieu des 4000 sum demandés à la base! Je ne sais pas ce qui m’a le plus contrarié dans l’affaire. La malhonnêteté des flics locaux? Ou la bêtise de ces voyageurs « expérimentés » et « responsables » qui entretiennent un système crapuleux qui est la gangrène même du pays.


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4 commentaires sur “Registan de Samarcande

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